Profession révoltée

Journal d'un kinésithérapeute écoeuré

Archive for octobre 2011

5. Ce qui ne peut plus durer

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Voilà donc qu’à nouveau nos compères syndicalistes libéraux font du zèle. Plus de trente ans qu’ils rejouent la même scène. L’un tape sur l’autre l’accusant de signer tout et n’importe quoi, mais toujours il s’en trouve un pour signer. Et toujours l’administration sort gagnante et les professionnels perdants.

Avez-vous vu une profession qui accepte non seulement de voir ses revenus totalement bloqués pendant quinze ans, accepter même un moment de les voir baisser sur des prétextes comptables de plafonnement des actes effectués (comme si de travailler à mesure humaine ne suffisait pas à plafonner les actes), et des syndicats qui osent encore s’affirmer comme tels entériner toutes les mesures de restriction, accepter tous les référentiels, sans sourciller ?

Et bien vous en avez une sous vos yeux, et les professionnels qui acceptent cette soumission sans protester, travaillant toujours plus pour gagner toujours moins, vous en avez à chaque coin de vos rues et villages. Ils se nomment encore « Kinésithérapeutes » (peut-être plus pour très longtemps, car il semblerait bien qu’une majorité d’entre eux soient favorables à un changement de dénomination, et deviendront un jour des physiothérapeutes : ce qu’ils sont déjà puisque pour la plupart ils ne savent plus que vous brancher comme des poulets en batterie sur des machines sophistiquées qu’ils paient à coup de surendettement).

Seraient-ils les prototypes de la grenouille chauffée ? Certainement, et même qu’ils se trouvent majoritairement bien dans l’eau de plus en plus bouillante. Tant et si bien qu’un de ces jours, vous aurez bien du mal à en trouver encore qui fasse vraiment le travail qu’ils ont appris (bien que) et qu’il faudra vous résigner à faire la queue en des officines hypermodernes qui vous promettront d’hypothétiques guérisons à grand coup d’ultrasons, ondes courtes, magnétiques, plateaux informatisés décryptant le moindre de vos mouvements.

Alors comme ce qu’ils appellent des syndicats récidive, je ressors du placard un vieil article qui, hélas, n’a pas pris une ride. Même qu’à ce qu’il semble il fut presque prémonitoire en son temps. Alors je le livre à votre sagacité de lecteur.

Formation, ou poule aux œufs d’or ? 

Comme beaucoup des premières victimes du numerus clausus imposé aux études de médecine dans les années soixante dix, ma reconversion se fit par la première porte ouverte, et, le mur du concours franchi, j’accédais à l’institut de kinésithérapie de Sambucy, rue de Lancry, à Paris.

J’entrais alors de plein pied dans un monde étrange qui proclamait haut et fort que nous étions là d’abord pour servir le patient avant d’en attendre le gain, mais qui, d’un autre côté organisait une sélection essentiellement basée sur les finances de nos parents. A croire que le concours, imposé depuis peu pour pénétrer dans ces sanctuaires où s’enseignait le métier, n’était que de pure forme tant le prix des études pouvait être un obstacle à lui seul.

Paradoxe de cette profession, nul ne s’est jamais penché sur la sociologie des étudiants entrant et sortant de ces instituts, souvent construits et dirigés de main de maître par quelques mandarins, parfois par leurs conjoints ou successeurs, avec la caution morale de quelques professeurs triés sur le volet dont nul ne saurait dire par quelle filière ils étaient parvenus à ce statut.

Il faut dire que peu se sont préoccupés d’écrire l’histoire d’une profession encore jeune (on ne pourra pas le dire éternellement), puisque constituée en 1947, à l’instigation de quelques professeurs de médecine convaincus de l’apport de ces « techniciens du corps » depuis bien avant la guerre.

Masseurs et gymnastes médicaux eurent droit à des équivalences. Les nouveaux entrants vivaient leurs heures de gloire, en pleine épidémie de poliomyélite, ouverture de centres pour tuberculeux et autres scolioses liées aux carences guerrières.

Une histoire syndicale banale 

A la sortie, la Fédération Française des Masseurs kinésithérapeutes (FFMKR) accueillait les nouveaux venus, seul organisme syndical à représenter une profession qui n’avait pas encore posé ses marques dans une société de la prospérité.

Je dis « accueillait », j’aurais dû dire que cet organisme se contentait de faire parvenir aux kinésithérapeutes installés en libéral, un appel de cotisation exorbitant, persuadé que ceux-ci étaient en train d’acquérir leur place parmi les notables par la grâce de revenus plus qu’honorables.

Puis vint un syndicat concurrent sous les traits du Syndicat national des masseurs Kinésithérapeutes (SNMKR).

Officiellement, ces deux syndicats passaient beaucoup de temps à se briser du sucre sur le dos, sans vraiment entamer la moindre réflexion fondamentale quant au sort des professionnels, à leurs problèmes réels, au contenu et à la nature de leur formation.

Ils en vinrent, se partageant en toute objectivité les subsides de toutes les instances nationales, régionales et autres fonds de formation où ils siégeaient à envisager leur carrière syndicale avant toute chose, délaissant les professionnels sensés être de fiers notables aux affres d’une solitude concurrentielle exacerbée.

Sous leur égide et portée par la vague des trente glorieuses, la profession ne se doutait pas qu’elle semait, par l’impossible débat en son sein, les pommes de la discorde et qu’elle ne tarderait pas, la sécurité sociale devenue assurance maladie, à payer le prix fort, sacrifiée aux normes et évaluations impossibles à établir dans un domaine où l’humain semblait avoir encore la priorité.

Qu’à cela ne tienne, les pontes de la profession, recyclés en entrepreneurs industriels, en fabricants de machines toujours plus sophistiquées dont la rentabilité chiffrée convient aux édiles et aux technocrates de la santé, relayés par les organisations historiques qui, pudiquement détournaient leur regard vers l’avenir radieux d’un ordre professionnel permettant d’achever leur mainmise sur la profession, ne tardèrent pas à proposer, en pleine récession des honoraires, les moyens de multiplier les actes en toute légalité, avec la bénédiction des énarques de la défunte sécurité sociale, en invitant, par la pression fiscale et sociale, la plupart des professionnels à quitter leur pratique manuelle pour des cabinets productifs où les patients sont réduits à l’état de poulets en batteries, branchés sans âme sur des machines présumées leur apporter le mieux être qui les fuit, comme l’arlésienne.

Négocier dans le vide, ou pour le vide 

On négociait donc de concert avec les organismes sociaux une convention qui garantissait, grosso modo un certain niveau de vie pour les praticiens, tout en assurant le remboursement des actes dispensés. On maintient le mythe d’une rémunération à l’acte présumée symboliser la liberté de choix du patient. Même si le monde économique s’étonne parfois de cet anachronisme qui n’est, de fait, qu’un salariat déguisé, on se cramponne à des privilèges qui n’ont d’autre valeur que la monnaie engrangée par les « financiers » de la profession, au rang desquels on compte… la plupart des dirigeants syndicaux et ordinaux.

Aucune réflexion de fond sur le rapport au corps, sur les besoins éthiques et philosophiques d’une profession qui tenait entre ses mains l’essentiel du malaise de la civilisation.

Les caciques de ces organisations siègent dans tous les organismes de formation, et de post-formation, dans toutes les commissions ministérielles, devenant les apparatchiks d’un pouvoir syndical de plus en plus coupé de sa base.

Nul ne se soucie du faible taux de syndicalisation dans la profession, et peu à peu, de compromis en compromis, on en vient même, dans les années quatre vingt dix, à accepter (une première dans le monde du travail), une baisse du niveau des honoraires, sans savoir l’incidence d’une telle mesure sur le niveau et la qualité du travail proposé.

Il est vrai que les mêmes se sont depuis longtemps investis dans des entreprises de fabrication de matériel physio-thérapeutique de plus en plus élaboré : peu à peu, ils introduisent, au sein même des instituts de formation, l’idée que les machines feraient le travail auprès des patients, aussi bien que la main du praticien.

Au nom de la physiothérapie toute puissante, on en vient d’ailleurs à oublier simplement toute négociation des honoraires pour satisfaire aux exigences comptables des technocrates institutionnels. Le travail, de fait, se trouve vidé de sa substance humaniste et celui qui galère à gagner sa vie est regardé avec condescendance. On lui assène généreusement qu’il ne sait pas se « débrouiller ». Car au pays des normes établies d’en haut, le but n’est déjà plus de répondre à des besoins humains, mais d’être les parfaits exécutants d’une politique simplement économique, les gérants de la pénurie, si possible en ouvrant son portefeuille, histoire d’engranger un peu avant l’hallali.

Une paupérisation progressive, programmée 

Le niveau des honoraires ne cessant de se tasser, sans revalorisation véritable depuis la baisse des années 90, peu à peu, s’installent de gros cabinets, fortement pourvus en matériel ultra moderne, souvent couverts par des crédits dont les mêmes détiennent quelques parts, avec la caution des syndicats historiques qui négocient (avec le Crédit Lyonnais entre autre) des contrats d’assurance, des systèmes de crédit révolving à fort taux d’intérêts.

La boucle est bouclée, on en vient, bien avant le triomphe du libéralisme de 2007, à privilégier une pratique que l’on considère comme scientifiquement quantifiable aux dépends d’un contact manuel avec le patient. Les cabinets qui font alors encore le choix de l’acte individuel sont déconsidérés, les praticiens victimes de la pression financière des économes de la vie sociale, avec leurs alliés objectifs des syndicats historiques, sont dès lors considérés comme des marginaux incapables de se faire valoir dans un monde où seul le chiffre d’affaire est sensé être représentatif de la réussite des professionnels.

Le patient, dernière roue du carrosse 

Le patient est réduit, pour le grand bonheur des gestionnaires, à une partie défaillante de lui-même, une mécanique que les prouesses techniques doivent réparer dans des délais de plus en plus courts.

Le malaise est bien plus profond qu’il n’y paraît. L’isolement des praticiens, harcelés de règles administratives sans cesse mouvantes, incapable de prendre le temps de la moindre réflexion par lui-même, se doit de répondre quand même au carcan de plus en plus pesant de quotas, bilans, enquêtes de satisfaction et autres chantages financiers au nom de la mise en réseau, présumée répondre aux besoins des patients, mais qui, en fait, ne sont que la volonté technocratique de diriger de main de maître les pratiques professionnelles.

Le kinésithérapeute lambda, perdu dans cette jungle qui l’invite à considérer l’autre comme un concurrent et non comme un confrère, trop épuisé pour encore réfléchir au sort qui est le sien, finit par « oublier » d’adhérer aux syndicats, voire même par rejeter toute action collective, tant déjà les nantis qui siègent en haut lieu lui ont appris que toute négociation ne peut être synonyme que d’un nouveau recul.

Les cadres syndicaux, au nom de la bonne gestion professionnelle, et de l’avenir de la profession, suivis de la minorité encore syndiquée en arrive à souhaiter la mise en place d’un ordre, aboutissement logique de leur carrière menée dans les couloirs ministériels.

Un ordre inutile 

Faire référence à Pétain dans le préambule du code de déontologie qu’ils imposent à des praticiens muselés dans leur inconfort, ne leur fait pas peur. Il se trouve même une ministre pour signer un tel texte que quelques années plus tôt on aurait cru pouvoir condamner au nom des idéaux de la résistance.

Le rouleau compresseur de la normalité professionnelle est en route. On commence par poursuivre quiconque ose mettre en doute l’utilité d’un tel organisme.

La confraternité ne se juge plus sur la possibilité d’un dialogue au sein de la profession, mais sur l’adhésion ou non à l’ordre vénéré des édiles. Elle se juge devant les tribunaux qui deviennent la proie des multiples poursuites de professionnels sans âme. Que presque toutes les procédures soient perdues ne les effarouche pas. Ils poursuivent leur mise en rang des récalcitrants, avec la menace rigolarde des caisses d’assurance maladies qui trouve là l’occasion rêvée de se débarrasser, par déconventionnement, de ces renégats qui entendent encore, au nom de l’acte individuel, pratiquer en leur âme et conscience, une kinésithérapie à visage humain.

Fiers de leur nouveau jouet, les chefs d’entreprise de la kinésithérapie entendent faire régner leur norme dans une profession en proie au plus grand désarroi, persuadée de ne pouvoir rien dire, chaque praticien étant isolé au fond de son cabinet, face à une population convaincue que, comme le médecin, le kiné fait partie des notables fortunés.

Quelle place encore pour la kinésithérapie ? 

Y aura-t-il encore une place pour une kinésithérapie humaniste demain ? Rien de moins sûr. Le risque est grand désormais de voir la profession éclater entre les structures fortement équipées en matériels de physiothérapie d’un côté, et d’autre part, les humanistes, contraints de quitter le secteur conventionnels pour encore vivre décemment de leur art, en contradiction avec leurs convictions profondes, leur départ cautionnant par ailleurs une médecine à plusieurs vitesse qu’ils ont souvent combattu pendant des années.

Il faut bien vivre, et pour vivre, à défaut d’être justement rémunéré, tricher ou s’accommoder de petits arrangements : multiplication des actes en batteries, raccourcissement du temps passé auprès des patients afin de rentabiliser une installation de plus en plus ruineuse, accord tacite des caisses pour des dépassements d’honoraires officiellement interdits. On enfonce les praticiens dans une situation glauque pour mieux, demain, décider que la kinésithérapie humaniste, non prouvée scientifiquement, non rentable car non quantifiable devra disparaître. Seuls resteront ceux qui, sans état d’âme, l’œil rivé sur leurs écrans de contrôles auront su devenir les bons petits techniciens que la médecine scientiste attend.
Les autres devront se rendre à l’évidence de leur marginalité, et trouver refuge dans des pratiques que la sécurité sociale refusera de prendre en charge, faute de preuves scientifiques assénées par les experts mandatés par l’ordre. Que les patients puissent y trouver leur compte ne changera rien à l’affaire : ce qui vaut ne peut être que statistiquement établi dans des études randomisées. L’humain a déserté des rives de la kinésithérapie. Seuls quelques indiens ringards s’accrochent encore au radeau, juste avant le naufrage.

Dans ce contexte exit toutes les méthodes humanistes : Mézières, Feldenkrais et autres peuvent être rangés au placard du déconventionnement, accessible aux seuls ultimes fortunés.

Les soubresauts d’un combat perdu 

Le 10 juin 2010, dans un désordre indescriptible, SNMKR et FFMKR ont appelé à la grève, sans vraiment chercher à mobiliser les praticiens. Faute d’avoir fait le travail, seuls un petit millier de professionnels est allé battre le pavé parisien. Parmi eux, un nouveau venu dans les paysage, le syndicat Alizé, regroupant salariés et libéraux, cherchant à renouer avec un dialogue dans la profession que les kinés ne connaissent plus voire même n’ont jamais connu.

Voici les propos, captés sur le site Actukine.com, entretenu entre autres, par Pierre Trudelle, représentant de la profession auprès de la Haute Autorité de la Santé (HAS) :

« Jeudi 10 juin était organisée une manifestation des kinésithérapeutes à l’appel des syndicats professionnels (FFMKR et L’Union Nationale des Syndicats de kinés libéraux: SNMKR et OK. Autour de 800 personnes ont défilé dans les rues de Paris. Alizé, un autre syndicat, est fier d’avoir promené sa banderole parmi la masse présente. Rappelons qu’il y a 69000 kinésithérapeutes en France et que les étudiants ont été tout seul pour revaloriser leurs études mais tout de même 2000 en mars dernier. 

Le record actuel du nombre de manifestants dans les rues de Paris est autour de 10000 (sur 35000 kinés à l’époque) en mars 1988 (suite au rapport Heuleu/Albert demandé par Michèle Barzac sur l’état de la profession et qui recommandait de réduire la théorie et d’augmenter la pratique et d’indexer la lettre-clé sur l’inflation). 

Quel message ou rapport de force est adressé au monde politique ? La réponse est sûrement évidente. » 

Et la réponse que de tels propos ne manquaient pas d’appeler :

« « Alizé, un autre syndicat, est fier d’avoir promené sa banderole parmi la masse présente. » Quel mépris affiché! 

C’est grâce à ce mépris de la profession que les syndicats historiques FFMKR et SNMKR (accoquiné désormais à Objectif Kiné) ont réussi le tour de force en 20 ans de démobiliser et déresponsabiliser totalement les kinés. 

A force d’être bernés et de voir les revenus fondre, il est clair que la plupart d’entre nous sont en situation de simple survie (du moins quand nous faisons encore de l’acte individuel, résistant encore à l’appât du gain des cabinets industriels). 

De plus, ces mêmes syndicats qui se lamentent de n’avoir eu que 800 manifestants, n’ont rien fait pour que la province soit au courant et puisse s’organiser pour se rendre à Paris. 

Le gouvernement et les responsables de la sécu doivent bien rigoler de ce fiasco scandaleux. 

Voilà le beau résultat de tant d’années à se battre pour obtenir un ordre inutile et coûteux, sans un regard pour la réalité vécue par les kinés de base, réduits à la solitude et au silence dans leur cabinet qui ne leur rapporte plus rien (sauf à tricher, ou à faire du dépassement toléré). 

Bravo les syndicats historiques! Félicitations! Avec votre ordre, vous allez peut-être encore nous seriner que la profession est capable de maturité ? 

Et je ne lis ici que mépris pour ceux (encore trop peu nombreux sans doute) qui ont rejoint les rangs du syndicat Alizé ? 

La profession va mal, j’en suis convaincu depuis bientôt trente ans : rassurons-nous, avec de telles attitudes de suffisance, elle ne pourra aller que de mal en pis, l’acte individuel respectueux de la personne disparaissant au profit d’un travail en batterie et au rabais. 

SNMKR et FFMKR viendront alors, la bouche en cul de poule, aux côtés de leurs amis de la CNAMTS, nous parler doctement de référentiels de qualité, tout en diminuant toujours plus nos revenus! 

L’économie est, décidément, une affaire trop sérieuse pour être laissée aux seuls dirigeants syndicaux et administratifs aux ordres! 

Il est temps de préparer la révolte et de résister aux sirènes de l’immobilisme! » 

Nous ne sommes pas seuls 

Non, nous ne sommes pas seuls, sinon que vraisemblablement, et par la grâce d’un faible nombre, notre profession fut une des premières à expérimenter les règles du libéralisme le plus dur et le plus pur. Mais l’affaiblissement des qualités humaines du travail est aussi vrai dans la santé que dans la justice, l’enseignement, ou la recherche.

Notre profession y a presque perdu son âme. Et ce ne sont pas les aides-kinésithérapeutes réclamés à grand cri, ou le faux débat sur une intégration universitaire dont nul n’est capable d’annoncer l’échéance, qui vont lui permettre de redorer son blason.

Chacun, dans son cabinet, témoin d’une dégradation permanente de l’état sanitaire de la population qui n’en est qu’à son début, reste prostré, persuadé qu’aucun changement ne saurait intervenir.

Il y a urgence à proposer d’autres solutions : la première serait de prendre le temps de la rencontre et de l’échange, du débat ouvert favorisant la rupture avec les règles libérales de la concurrence.

Il sera alors temps, de débattre enfin de ce qui est l’essentiel : quelle participation à une véritable politique de santé qui ne se résume pas au soin ? La profession a-t-elle vraiment besoin d’un ordre d’un autre temps, ou d’organisations syndicales fortes, capables de dialoguer sur la base de leurs orientations divergentes ? Quelle rémunération et pour quoi faire ? Quelle pratique professionnelle qui soit en mesure de rétablir une confiance en nous-mêmes et auprès de nos patients ?

N’est-il pas temps, pour ceux qui veulent encore garder un peu d’autonomie dans leur activité professionnelle de tourner le dos à des pratiques honteuses, de réclamer l’abrogation d’un ordre inutile et coûteux, et de nous organiser pour faire valoir une autre qualité de notre travail : celui d’être des humains, capables d’une compréhension fine des aspects de l’organisation corporelle, au service de patients si souvent désincarnés, dans un monde qui les considère moins bien que leurs voitures, leurs maisons, ou les produits qu’ils sont sommés de consommer ?

X L

Manosque, 29 novembre 2010/24 octobre 2011

Written by professionrevoltee

octobre 25, 2011 at 4:28

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4. Une vie hors sujet

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Est-il seulement possible de s’imaginer passer toute une vie à côté ?

Il faudra que je poursuive sur les mésaventures ordinales, mais ce serait en faire le centre de toutes les préoccupations quand elles ne sont que l’aboutissement logique d’une sociologie, d’une philosophie professionnelle, ou plutôt de leur absence.

Que n’ai-je été accusé, entre les deux tours de mon diplôme d’Etat, en 1981, par la patronne largement fortunée de cette école taillée sur mesure pour quelques fils et filles à papa (dont je fus à mon corps défendant), d’avoir « la rogne, la grogne et le tracassin », lorsque j’eus le culot d’émettre des doutes sur la validité d’un diplôme onéreux et donné y compris à certains qui s’étaient royalement abstenu de suivre avec assiduité les stages obligatoires !

*

Mais je m’égare. Non, simplement, je cherche à comprendre. Mais comment puis-je comprendre qu’en recevant les informations de cet ordre qu’ils n’ont jamais demandé, la plupart de mes collègues ne lisent rien, signent sans état d’âme, livrent leurs documents d’adhésion en répondant religieusement aux questions y compris sur leur vie privée sans sourciller ?

J’ai si longtemps tourné dans ma tête l’attitude juste à avoir. J’ai si longuement hésité à franchir le pas en refusant d’adhérer à cette chose dont je présentais la nature malheureuse.

Malgré tous mes efforts, rien ne venait en débat entre nous.

Depuis mes engagements syndicaux et politiques alors que je bénéficiais du statut de salarié, et les déboires violents qui en furent le résultat sans que nul dans la profession, ou presque ne souleva le petit doigt, puis ma victoire contre ce que cache le statut libéral comme absence d’éthique et la loi de la jungle qui en découle, je me savais en situation de fragilité sur ce département, ceux qui prônaient le libéralisme débridé et qui allaient entrer au service de l’ordre qu’ils avaient appelé de leurs vœux ne manqueraient pas, au premier faux-pas, de s’en saisir.

Alors, j’ai malgré moi répondu, adhéré, sans savoir qu’en d’autres lieux la contestation prenait corps. Mais j’ai assorti ma déclaration d’une longue lettre dont je vous livre ici la teneur [1].

Bien entendu, cette lettre resta sans réponse. Les règles de confraternité visiblement et dès l’ouverture des hostilités ne pouvait, aux yeux de mes chers confrères ordinaux départementaux, que se limiter aux vœux pieux écrits dans leur code de déontologie.

Patient, j’ai attendu encore quelques mois avant de récidiver, avec copie cette fois au ministère de la santé puisqu’il avait cautionné de sa signature la mise en place de l’ordre et de son code. Vous trouverez en note copie de cette deuxième missive [2].

Et ils sont sortis de leur silence, les bougres, et leur lettre eut une telle saveur que je ne résiste pas à vous en communiquer in extenso la nature.

« L’Escale, le 9 juin 2009

Cher confrère,

Je viens par la présente répondre à votre courrier du 2 mars 2009 et à votre rappel du 2 juin. Vous comprendrez qu’après que vous ayez interpelé toutes les strates de l’instance ordinale, ma réponse ait pris un tel retard, et je vous prie de bien vouloir m’en excuser. L’organisation du conseil de l’ordre a désigné (sauf cas exceptionnels) comme seul interlocuteur des masseurs-kinésithérapeutes inscrits leur CDO, en tant que président du CDOMK04, je vous devais d’avoir au préalable collecté un certain nombre d’éléments afin de pouvoir vous répondre avec suffisamment de précision.

La profession de masseur-kinésithérapeute est réglementée par le code de la santé publique, vient de s’y rattacher le code de déontologie des masseurs-kinésithérapeutes, qui n’est entré en vigueur que le 6 novembre 2008. Ce code de déontologie suscite beaucoup d’interrogations, et les réponses que nous pouvons apporter aujourd’hui pourront être quelque fois confirmées et quelque fois infirmées par la jurisprudence. Une commission de déontologie a été créée au sein du CNO, elle a pour mission de porter quelques précisions sur des points particuliers relevés par les CDO. Vous comprendrez donc que je ne peux aujourd’hui vous répondre que d’une façon générale.

En revanche, dès sa parution au journal officiel de la République, son respect s’impose à tous. L’engagement signé à le respecter pour les masseurs-kinésithérapeutes déjà inscrits, une prestation de serment pour les nouveaux inscrits, représentent un acte symbolique que nous avons souhaité afin de marquer l’entrée en vigueur d’un code de déontologie, qui a été réalisé par la profession et que le conseil constitutionnel a approuvé.

Si j’ai bien compris le sens général de votre questionnement, votre souci semble étrangement être le nôtre : celui de l’action que nous menons au sein du CRO PACA et Corse, qui a été validé par la CNO :

– Montrer à travers une enquête scientifiquement éprouvée : que les masseurs-kinésithérapeutes, à partir d’une formation initiale ont su : inventer, conceptualiser, négocier des protocoles thérapeutiques et pédagogiques incontestables.

– Que logiquement la profession de masseur-kinésithérapeute est aujourd’hui apte à s’auto-évaluer sur des savoir-faire et des savoir-être à partir de référentiels scientifiques règlementaires et expérientiels.

En ce qui concerne la pratique de la méthode Feldenkrais, sera-t-elle autorisée lorsque les textes permettront au CNO de reconnaître telle ou telle qualification (Mézières, …) ? En tout cas je vous encourage, en l’état actuel de la réglementation à vous en tenir aux articles R.4321-5 à R.4321-13 du CSP relatifs aux actes professionnels. Le respect de ces articles vous engage à ne faire figurer à côté de votre titre de Masseur-Kinésithérapeute que des titres réglementés.

Je vous précise que votre profession de masseur-kinésithérapeute vous autorise à exercer :

– A titre de professionnel de santé conventionné

– A titre de professionnel de santé non conventionné.

Chacun de ces modes d’exercice a ses règles, le CDO veillera cependant toujours à ce que l’éthique et l’honneur de la profession soient préservés.
Bien entendu, le CDOMK04 reste à votre disposition et à votre écoute, notre secrétaire administrative est présente à notre siège tel que précisé en bas de page.

Cher confrère, je vous réitère mes excuses pour le retard pris à vous répondre, et vous adresse mes confraternelles salutations.

Patrice Proietti »

Dois-je souligner que cette lettre ne fait que confirmer mes doutes que ce soit par la mauvaise foi évidente dans la justification du retard à répondre que dans son libellé même ?

On y apprend que le Code déontologie est entré en vigueur, sans aucun débat au sein de la profession, le 6 novembre 2008, et que, dès sa parution, il s’impose à tous.

Mais on peut noter que dans le doute d’obtenir un vrai soutien de la profession on exige d’elle un « acte symbolique d’adhésion » à ce texte, en sachant pertinemment que la majorité qui y adhèrera ne l’aura vraisemblablement pas lu.

La seule référence crédible de toute pratique professionnelle aux yeux de l’instance ordinale est et demeure « l’enquête scientifiquement éprouvée», autrement dit, la base statistique et comptable en lieu et place de toutes considérations humaines.

On relèvera le paradoxe qui permettrait à la profession de « s’auto-évaluer », mais seulement « à partir des référentiels scientifiques règlementaires et expérientiels », sans spécifier ni ce qu’ils sont, ni les institutions qui permettraient de faire évoluer ces référentiels afin qu’ils soient d’avantage en conformité avec les besoins professionnels.

Puis, le couperet tombe : sans préjuger de ce moment où le CNO aura pour charge de « reconnaître telle ou telle qualification », le triste sire signataire de la missive m’engage à mettre sous le boisseau ma qualité de praticien Feldenkrais, car en l’état non réglementairement reconnue et de « ne faire figurer à côté de mon titre officiel que les titres réglementés ». Voilà donc qui confirme bien mes craintes, et nous voici devant nos censeurs (senseurs), seuls à tenir entre leurs mains totalitaires, le pouvoir arbitraire de dire ce qu’il est bon ou non de faire dans le cadre de notre métier.

Et histoire d’enfoncer le clou, le même envoie à tous les professionnels du département une lettre circulaire reprenant pour l’essentiel les propos de son courrier de juin, en précisant que « la spécialité n’existe pas de droit », et, qu’en conséquence les praticiens devront supprimer de leur plaque professionnelle tout signalement autre que celui de leur profession d’origine. Il affirme par ailleurs que « notre CDO reçoit de nombreux signalements pour des affichages litigieux » : y aurait-il dans la profession (car quel intérêt auraient nos patients à de telles délations) quelques nostalgiques de l’Etat français mis en exergue dans le préambule du Code de déontologie, et chargés de la basse besogne de dénoncer ceux qui ne respectent pas les mesures autoproclamées d’un ordre dont la « position, aujourd’hui, semble déranger », nécessitant de sa part de se préparer aux offensives judiciaires nécessaires à faire respecter ses propres lois ?

Depuis, il semble que, d’ailleurs la tâche principale de l’ordre fut de poursuivre non systématiquement mais de façon très ciblée, les récalcitrants en traduisant devant les tribunaux, un peu partout en France et comme de vulgaires criminels, des praticiens ayant parfois plus de trente ans d’exercice consciencieux de leur métier.

Serait-ce au nom des « règles d’éthiques » ici et là proclamées, ou pour sauver l’honneur défunt d’une profession menée à sa perte par les syndicats dont la seule préoccupation depuis plus de quinze ans fut d’édifier une institution inutile, sans un regard sur la dégradation permanente et dramatique des conditions de vie et d’exercice de la plupart des praticiens ?

Mais voilà qu’une fois de plus on me dira oiseau de mauvais augure, et que je serai hors sujet ou à côté, comme je l’ai toujours été. Mais, désormais, qu’importe ?

XL

Manosque, 23 octobre 2011

[1] Lettre à l’ordre départemental des kinésithérapeutes, mars 2009 :

 Manosque, le 2 mars 2009

À CDOMK 04

Route de l’Hôte

04160 L’Escale

Copie : ONMK, HAS (Monsieur
Pierre Trudelle)

Messieurs et chers collègues,

Je vous prie de prendre le temps de m’excuser de n’avoir pas renvoyé ma déclaration d’engagement, suite à la publication du code de déontologie de la profession de Kinésithérapeute, plus tôt.

Il me semblait nécessaire, avant de signer un tel engagement, de lire attentivement ce document dans ses détails.

Je tiens à souligner d’entrée la difficulté à comprendre toutes les implications juridiques d’un code qui fait sans cesse référence à des articles L, sans en mentionner ni l’origine, ni permettre aux lecteurs de prendre connaissance de ces textes de référence. Il est vrai que nul n’est censé ignorer la loi, mais sa complexité fait que nous n’avons pas tous, comme livre de chevet, les ouvrages de droit aux quels vous faites référence.

Vous comprendrez aisément ma difficulté à signer un code qui fait référence à la fois à « ma liberté de pratiquer les actes que j’estime appropriés» (Art. R.4321-59), et, d’autre part l’obligation qui m’est faite de m’interdire toute divulgation d’une nouvelle pratique insuffisamment éprouvée (Art. R. 4321-65), de n’assurer que des soins « fondés sur les données actuelles de la science » (Art. R.4321-80), d’élaborer mon «diagnostic » en m’aidant « dans toute la mesure du possible des méthodes scientifiques les mieux adaptées » (Art. R.4321-81).

Vous ne pouvez ignorer que, dans notre champ disciplinaire, très peu de recherche rigoureuses peuvent venir valider nos techniques pour la simple raison que si notre pratique devait relever d’une science, celle-ci ne pourrait être qu’une science humaine, soumise donc à une part d’empirisme. Dois-je vous avouer que cette volonté expresse de s’en référer aux uniques critères scientifiques alors que la science elle-même, dans des domaines qui nous touchent de près telles que les sciences cognitives, les neurosciences, la biologie, etc.… font de plus
en plus état d’incertitudes quant à notre connaissance du vivant. Sans aller jusqu’à accuser de telles formulations de « scientisme », il est quotidien d’observer la fragilité des diagnostics et investigations menées, au nom de ces mêmes dogmes, car inscrits dans leur propre code de déontologie, par nos collègues médecins. A trop en référer à des « méthodes scientifiques » d’investigation, un bon diagnostic se doit d’être étayé par une multitude d’examens onéreux, le simple toucher, ou la subtile connaissance de la personne ne permettant plus à nos collègues la moindre crédibilité.

Vous n’êtes pas sans savoir non plus que les laboratoires de recherche susceptibles de s’intéresser à nos pratiques ne sont pas légions pour une bonne raison : la priorité est donnée à la recherche pharmaceutique.

Signer sans lire et sans vous demander d’éclairage, en la circonstance, serait accepter de vous voir contester ma pratique, qui sort, il est vrai, des sentiers académiques et conventionnels, puisque la plupart de mes « patients » (qui sont pour moi des « élèves ») viennent me voir du fait du bien être qu’eux-mêmes, ou des personnes de leur entourage, ont pu ressentir à ma proposition de ne plus travailler qu’avec, comme outil, la Méthode Feldenkrais d’éducation somatique.

Or cette méthode de travail, éprouvée en de multiples pays par la pratique de son fondateur, Moshé Feldenkrais dont les liens avec Boris Dolto et de Sambucy étaient connus, et des praticiens, kinésithérapeute ou non, ne bénéficie, pour les raisons invoquées plus haut, dans l’espace francophone, d’aucune validation par une quelconque recherche « scientifique ».

Devrai-je, au nom des articles cités ci-dessus, ranger mes huit années d’expérience avec cette méthode au magasin des accessoires, dans l’attente qu’un hypothétique chercheur se penche sur ses qualités ?

Devrai-je m’interdire d’exercer en mon âme et conscience avec une approche qui permet à mes élèves d’apprendre un usage d’eux-mêmes qui les rend capables de se soustraire aux difficultés aux quelles ils sont soumis dans leur exercice professionnel ou environnemental (ce qui serait, par ailleurs conforme à l’article R. 4321-90 de ce même code) ?

Vous comprendrez aisément ma difficulté. Je vous demande expressément donc, de me dire que la Méthode Feldenkrais fait bien partie de l’arsenal disponible pour les kinésithérapeutes, de m’autoriser à en poursuivre la pratique et de me permettre de mettre en place les recherches et publications nécessaires à l’approfondissement des connaissances qu’elle permet de délivrer dans le sens d’une éducation à la santé qui relève, si j’en juge ce même code, de nos missions.

Sans réponse expresse de la part de l’ordre départemental ou national, je devrai me considérer comme mis au ban de notre communauté professionnelle et donc envisager de quitter à la fois le secteur conventionnel et mon titre de kinésithérapeute.

Je tiens à vous signaler que, par soucis éthique, je me sens obligé d’informer mes « patients » de la présente, mon avenir, en ce qui concerne la possible prise en charge de leurs traitements dépendant bien évidemment de votre réponse.

En cas de réponse favorable de votre part, je me plierai alors à l’obligation formulée de vous soumettre tous les documents à visée d’information que je publierai, que ce soit mes articles comme les invitations à participer à des leçons collectives de Prise de Conscience par le Mouvement sous forme hebdomadaire ou de stages…

Je n’alourdirai pas d’avantage ma missive sinon par cette dernière remarque : en l’article R. 4321-98, il est stipulé que « les honoraires du
masseur-kinésithérapeute sont déterminés avec tact et mesure, en tenant compte de la réglementation en vigueur, des actes dispensés ou de circonstances particulières.»
Vous n’êtes pas sans ignorer que notre conventionnement nous interdit toute pratique de dépassement d’honoraire. Pourrez-vous m’expliquer quel tact et quel mesure justifie que l’acte individuel d’une durée de trois quart d’heures à une heure et la pratique intensive d’une kinésithérapie alignant les postes de rééducation soient payés au même tarif de 18,36€ en moyenne, le premier praticien étant condamné de fait à l’indigence de sa condition, le second pouvant se permettre vacances et sorties du fait du nombre d’actes multipliés ?

Je vous remercie des lumières que vous apporterez à mes observations. Il va de soi qu’une non réponse ne me permettant plus d’exercer dans les conditions actuelles, je me préparerai aux changements d’orientation que votre ordre m’aura imposé.

Dans l’attente, je vous prie d’agréer, Mesdames et Messieurs, chers collègues, l’expression de mes plus respectueuses salutations.

Xavier Lainé

Kinésithérapeute DE 1981

Praticien certifié de la Méthode
Feldenkrais.

[2] Seconde lettre au CDOMK, juin 2009

Manosque, le 2 juin 2009

À CDOMK 04

Route de l’Hôte

04160 L’Escale

Copie : ORMK, ONMK, Madame la Ministre de la santé

Messieurs et chers collègues,

Avez-vous bien reçu ma lettre du 2 mars dernier? L’auriez-vous égarée? Me faudra-t-il vous en envoyer un exemplaire par courrier recommandé pour que vous preniez acte que mes propos ici ne sont pas de simple circonstance, ne sont pas divagation d’un esprit en peine?

Dérogeriez-vous à l’article R.4321-99 qui stipule : « Les masseurs-kinésithérapeutes entretiennent entre eux des rapports de bonne confraternité» ?

En application d’un tel article que j’ai été contraint d’approuver, je vous réclame une réponse.

Afin de vous faciliter la tâche et de vous éviter de fastidieuses recherches dans les arcanes de vos archives, je vous rappelle les termes de mon précédent courrier : (je reprenais ici l’intégralité de mon courrier précédent).

Depuis, chaque instance de votre ordre me harcèle pour répondre à un questionnaire pseudo scientifique tendant à nous prouver que «l’honneur» (sic) de la profession passerait par la manière dont les uns ou les autres nous traiterions les lombalgies, les problèmes respiratoires et autres pathologies…

Invité le 23 janvier à Paris, à animer un atelier de présentation de la Méthode Feldenkrais (par ailleurs abordée dans les post-formations proposées à Bois-Larris), aux journées de la Société Française de Kinésithérapie, j’ai cru pouvoir espérer que la dimension humaine de notre travail, qui ne se limite pas à traiter des dos douloureux ou des poumons encombrés, mais à s’occuper de personnes en souffrances, serait encore d’actualité.

Je découvre avec effarement, dans le journal de l’ONMK, que cette société, sous les applaudissements, s’est aujourd’hui transformée en « Société française de physiothérapie », avec la bénédiction de notre ordre, si prompt à défendre « l’honneur » (resic) de la profession…

L’honneur ne se défend pas, Messieurs, il est, ou il n’est pas. On ne peut organiser les choses sous l’unique angle des poursuites judiciaires, contre les pratiquants du massage de bien être, contre les confrères récalcitrants à adhérer à votre institution, sans que l’honneur de la profession ne soit, déjà, remis en question. Nous sommes un certain nombre à penser que votre présence était inutile et ne ferait qu’ajouter un échelon administratif de plus à notre pratique qui n’en avait nullement besoin. Le déroulement des choses vient nous conforter dans cette opinion…

Comment, en effet, pourrez-vous m’expliquer que j’ai pu travailler 28 ans dans ce métier sans avoir d’autre démarche gratuite à faire que m’inscrire à la DDASS de mon département, et qu’aujourd’hui, pour faire le même métier, il me faille débourser, chaque année, 280€ auprès d’un organisme dont le glissement progressif vers un appauvrissement de notre travail, réduit à la physiothérapie, est patent…

L’honneur de la profession passerait-il par la mise aux oubliettes de tous ceux, nombreux, qui osent encore croire en ce métier, et ont une pratique individualisée (quasiment non rémunérée), tels les méziéristes, praticiens Feldenkrais et autres spécialités dont la ressource humaine est notoire?

Le jour où vous ne serez plus que l’ordre des physiothérapeutes, comment justifierez-vous notre présence dans vos rangs? Par un honneur qui oublie sans état d’âme et livre à leur triste sort une frange non négligeable de praticiens?

Ou par la seule lucrativité de notre présence, ce qui serait contraire à l’article R.4321-67 de notre code de déontologie « La masso-kinésithérapie ne doit pas être pratiquée comme un commerce… »?

Je demande à Madame la Ministre de la santé, qui recevra copie de ce courrier, de prendre les mesures nécessaires à faire cesser le trouble occasionné à la profession par un ordre désuet et inutile.

Bien entendu, je n’aurai pas les moyens de poursuivre ma démarche, y compris sous les formes judiciaires qui devraient s’imposer devant un tel comportement. Je rappellerai simplement que la « confraternité » en vogue dans vos rangs nous laissait la possibilité de payer notre cotisation en six mensualités. Mes finances étant fort peu reluisantes, j’ai demandé cette facilité. Quelle ne fut pas ma surprise de voir arriver trois  prélèvements successifs de ma cotisation, sans tenir compte de l’étalement demandé : vous parlez d’honneur et de confraternité?

Et comme ma précédente lettre est restée sans suite, qu’il semble qu’il vous faille l’épreuve de force pour sortir de votre triste réserve, je décide de
rendre publique celle-ci, sur mon blog (www.conscience-en-mouvement.com, à l’époque, aujourd’hui : https://professionrevoltee.wordpress.com/), en l’envoyant à la presse locale et en la diffusant de telle sorte qu’elle puisse avoir la plus grande audience possible…

En espérant que cette publicité sur la vraie nature de votre institution vous fera sortir de votre pesant silence…

Xavier Lainé

Kinésithérapeute DE 1981

Praticien certifié de
la Méthode Feldenkrais.

Written by professionrevoltee

octobre 24, 2011 at 4:10

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