Profession révoltée

Journal d'un kinésithérapeute écoeuré

8. Le crime serait presque parfait

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Les lumières allumées ne sont qu’éphémères, tout particulièrement en ce métier perdu d’avance.

Je me souviens de ces gamins de riches côtoyés pendant trois ans, plus une année de dérogation vite stoppée et une année de « service » militaire stupide. Je m’en souviens comme si c’était hier, de ces bons bourgeois, fils et filles de notables, déjà casés avant même l’obtention du diplôme, assurés demain de « rentabiliser » les « investissements » de Papa et Maman sur les bancs de ces écoles privées, privées de réflexion mais pas de rapport à l’argent.

Je me souviens de mon rêve de voir un jour de telles études enfin disparues, intégrées au sein d’universités en libre accès pour les gosses des pauvres, aussi.

C’était un rêve et plus de trente années plus tard, ça le demeure. Je dirai même que les choses se sont aggravées : les bons petits bourgeois sortis du moule ont mis la main sur les syndicats, se sont battus pour obtenir l’ordre de papa qu’ils appelaient de leurs vœux, ont verrouillé un peu plus une profession qui n’est plus que l’ombre d’elle-même, pratiquée par des « professionnels » sans réflexion sur ce qu’ils font, ni sur le monde dans lequel ils exercent leur « métier ».

Alors je crache dans la soupe, oui, n’en déplaise à ceux qui viendront me poursuivre encore de leurs bonnes paroles de professionnels si assurés d’aller dans le sens de l’histoire.

Et ils y vont, les bougres. Ils y vont. Regardez-les se démener pour une « réingénierie » de leur métier, bien conforme aux canons de Bologne et Lisbonne, après en avoir bradé tous les aspects humains pour le plus grand profits des mêmes qui dirigent les fabriques de matériels très sophistiqués mais dénués de toute humanité.

Ils siègent partout, les mêmes : dans les Union de Profession de santé, dans l’ordre, dans les caisses de retraites. Ils enseignent dans les instituts dont ils sont les piliers financiers, émargent aux formations professionnelles toutes aussi dépourvues de réflexion les unes que les autres.

Ils crient à l’autonomie d’un métier que par ailleurs ils dilapident pour garantir leurs émargements dans les couloirs officiels.

Il faut que je vous dise : il y a si peu, j’ai accepté d’être candidat et par un étrange hasard me suis trouvé élu à l’Union Régionale des Kinésithérapeutes PACA. Pendant presque deux ans, je n’ai pu qu’assister impuissant à ces débats sordides de procédures où chacun était prêt à en découdre pour être grand vizir à la place du grand vizir. Je n’ai pu qu’enregistrer les conversations qui ne visaient qu’à savoir comment organiser les réunions pour justifier du maximum d’indemnités et de frais de transport. Trois ans plus tard, nous voilà avec un logo et une plaquette vaine sur les troubles de l’équilibre chez les vieillards. Quel performance !

Trois ans plus tard je m’interroge d’ailleurs : suis-je encore bien élu de cette instance ?

Je fus même par un étrange hasard d’intransigeance procédurière, membre d’un bureau fantôme. J’organisais même une réunion surréaliste, en ma pauvre ville sans gloire. Nous nous sommes séparés avec date fixée à fin août 2012. J’appris en dernière minute que tout était annulé. Puis découvrais une convocation à assemblée générale où ne put point me rendre, mais donnais pouvoir. Et puis plus rien, sinon discussion encore sur logo, juste avant que le silence ne gagne la noble institution mal née, morte à peine née, sacrifiée sur l’autel de guerres intestines qui ne sont que soubresauts d’une profession suicidée.

Voilà, chers collègues de la région PACA, vous avez voté, m’avez élu, mais vous me voyez dans un drôle d’embarras, siégeant avec d’autres qui prétendent vous représenter mais ne parlent que d’eux-mêmes, et je suis au placard, ignorant même du sort réservé à cette chose pour laquelle cotisations nous sont prélevé comme impôt à la source, par nos URSSAF.

Il ne suffisait pas qu’au bout de trente ans, on nous impose de payer 280€ de cotisation ordinale, voilà qu’il faut ajouter je ne sais combien pour une institution qui ne fonctionne pas, ne fonctionnera pas car les objectifs de vos élus sont ailleurs, dans des petites gloires personnelles bien éloignées de vos préoccupation.

Alors vous avez raison d’user du système D : branchez les gens comme poulets en batteries, débrouillez vous à survivre comme vous pouvez avec vos honoraires de misères puisque nul ne se préoccupe vraiment de protester, et que vous même attendez de je ne sais qui une bouée qui ne viendra jamais, sinon lorsque l’assurance maladie aura décrété, comme le font déjà certains médecins, que vous ne servez à rien, voire même que vous êtes de dangereux personnages dont il vaut mieux éviter l’usage.

L’ordre pourra toujours rouler de ses gros yeux de batraciens, sa voix se perdra comme toujours dans les ors d’une République qui ne respecte rien de ses engagements à votre égard.

Il restera, pour quelque historien, à se pencher sur cette mort suspecte, une fois le cadavre refroidi. Et vous n’aurez, par passivité pathologique que vos larmes à verser.

Xavier Lainé – 1er mai 2013

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Written by professionrevoltee

mai 5, 2013 à 6:22

Publié dans Uncategorized

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